Pratique des étirements en kinésithérapie et notion de chaîne fonctionnelle

La proposition au patient d’une pratique d’étirements globaux non-ciblés permettra d’obtenir un relâchement musculaire et une amélioration certaine du schéma corporel. L’étirement, selon des modalités spécifiques actuelles, après une analyse précise de la chaîne ou du groupe musculaire rétracté ou en tension, va pérenniser et mettre en valeur notre travail de kinésithérapeute. Ce travail ciblé s’inscrira comme un moyen thérapeutique réfléchi. Il aura comme objectif la limitation des  phénomènes de compensation qu’imposent insidieusement les muscles rétractés lors des mouvements fonctionnels du corps humain.

Les souffrances ostéo-myo-articulaires chroniques et d’installations progressives sont fréquemment la conséquence d’une répétition ou d’une accentuation de micro-mouvements compensatoires. La compensation répond fréquemment aux limitations d’amplitudes que peuvent entraîner toutes rétractions musculaires.

Principe de chaîne fonctionnelle

Ces chaînes sont le ou les groupes musculaires qui interviennent activement en synergie par des cycles de contractions-étirements dans les activités fonctionnelles, sportives ou professionnelles du patient. Ces chaînes jouent un rôle protagoniste dans la fonction concernée. Par le rôle et l’action prédominante qu’elles exercent (dans la fonction spécifiée), ces chaînes seront fréquemment assujetties aux tensions et rétractions qui perturberont eux-mêmes la fonction. Leur diagnostic et leur traitement est donc primordial.

 

Attaque du talon au sol lors de la marche et étirement reciproque du complexe IJ/P
Attaque du talon au sol lors de la marche et étirement reciproque du complexe IJ/P

Exemple de chaîne fonctionnelle : la chaîne fonctionnelle primaire sagittale de la marche

Cette chaîne primaire inclura un premier grand complexe musculaire majeur qui est le complexe ischio-jambiers/psoas (IJ/P).

On comprendra assez aisément le rôle crucial de ce complexe lors de la marche. Son point de co-étirement le plus important intervient lors de l’attaque du talon au sol (fig. 1) permettant l’amplitude du mouvement lors du pas.

L’importance d’une souplesse de ce complexe est donc capitale. Elle favorisera une marche harmonieuse, une longueur de pas optimale, mais surtout la limitation desphénomènes de compensation associés (notamment au niveau du rachis lombaire).

Les souffrances ostéo-myo-articulaires chroniques et d’installation progressive sont fréquemment la conséquence d’une répétition ou d’une accentuation de micro-mouvements compensatoires.

Il est donc intéressant, à titre préventif, d’étirer de façon synergique les groupes musculaires en tension de la chaîne concernée chez les personnes ayant une activité prédominante à la marche ou au piétinement (concerne de nombreuses professions). L’objectif sera lui thérapeutique dans le cas d’une rétraction de la chaîne fonctionnelle fréquente dans ces activités prédominantes. En effet, « Le corps se façonne dans sa fonction (1)». Soyons donc vigilant aux tensions et ou rétractions qui sont parfois muettes, non-douloureuses  et responsables de compensations.

(1Frederic SNOUR. Kinésitherapeute référence Francaise sur la Scapula. Formation : l’épaule : du raisonnement clinique à la pratique du 06/10/2019 Lille).

 

Rétraction du sous-complexe ischio-jambier et ses conséquences

Il est bon de rappeler que la force de tension musculaire augmente de façon croissante vers un allongement maximal du muscle (fig. 2). On comprendra donc qu’un muscle rétracté ou en tension pourra entraîner des forces anormalement importantes à l’étirement (pour une même angulation) en comparaison avec un muscle sain.

Des ischio-jambiers en perte de longueur ou rétractés entraîneront lors de l’attaque du talon (fig. 3 - tension et étirement maximale dans cette chaîne primaire sagittale à la marche) une tension musculaire excessive qui aura plusieurs répercussions :

- une rétroversion du bassin et une délordose lombaire de compensation répétée à chaque attaque = prédominance de l’appui discal sur l’appui facettaire vertébral = perturbation de l’équilibre ;

- une limitation de la longueur du pas = augmentation du même nombre de pas pour une même distance = augmentation du nombre de contraintes vibratoires consécutives à la réponse sol-talon.

 

Test de fente spécifique pour le complexe Ischio-JAmbier Psoas
Test de fente spécifique pour le complexe Ischio-JAmbier Psoas

Rétraction du sous-complexe du psoas et ses conséquences

Une rétraction du sous-complexe psoas perturbera aussi la balance lordose/délordose lors de la marche lors de la phase de propulsion (fig. 4). La lordose lombaire sera accentuée par phénomène de compensation à la rétraction du psoas pour peser sur un appui facettaire et discal postérieur accentué (lordose accentuée).

Comment déceler une rétraction de ce complexe ?

La mise en fente jambe tendue (fig. 5) nous donnera un aperçu de la capacité d’extensibilité du complexe IJ/P de cette chaîne sagitale. Afin de préciser un diagnostic d’hypo extensibilité, des tests de souplesse déjà établies viendront compléter  les informations. Pour le psoas : il sera pris comme référence le test de Thomas (fig. 6).

Pour les ischios : la "distance doigts-sol" sera exclue pour la recherche d’une rétraction car elle peut faire intervenir une flexion lombaire de compensation(fig. 7). Nous préférerons l’étude de l’angulation en couché dorsale (fig. 8).

 

Axe de rotation hanche/ bassin lors de la marche
Axe de rotation hanche/ bassin lors de la marche

La chaîne fonctionnelle horizontale à la marche

Lors des différentes phases de la marche, la hanche oscille dans une alternance de rotations externes et internes par l’intermédiaire de la giration pelvienne (fig. 9).

Une restriction d’amplitude de l’articulation de la hanche dans le plan horizontal amènera inévitablement à une perturbation de la marche et à  des phénomènes consécutifs de compensation associés (ou même une limitation de l’amplitude du pas).

Le premier objectif du kinésithérapeute sera donc de déceler la restriction d’amplitude du complexe ostéo-myo-articulaire. De cette investigation pourra naître, le cas échéant, un traitement d’assouplissement spécifique et thérapeutique. L’objectif : retrouver les amplitudes physiologiques afin de limiter les phénomènes de compensation associés, déceler les tensions afin d’améliorer le confort et de prévenir la rétraction.

Afin de pouvoir déceler des restrictions de mobilités de la hanche sur le plan horizontal, le thérapeute devra en connaître approximativement les normes.

Rappel sur les normes horizontales des amplitudes physiologiques de la hanche.

Les normes concernant les amplitudes articulaires de la hanche ne sont pas strictes. Il existe une grande variabilité interindividuelle. Le kinésitherapeute fera preuve de son expérience et étudiera la mobilité globale dans le plan horizontal de l’articulation.

Son savoir-faire l’amènera systématiquement à une comparaison bilatérale. En effet, il n’est pas rare de déceler des amplitudes anormalement excessives bilatéralement, dans le cas d’hyerlaxité ou légèrement diminuées dans certains morphotypes.

D’un point de vue biomécanique, elles varient selon son positionnement sagittal. Elles sont plus importantes en flexion qu’en extension car les ligaments sont relâchés. À titre de repère, on retiendra en flexion, sujet assis :

- Rotation en flexion (patient assis en bord de table) entre 50°- 60° (fig. 10) ;

- Rotation en extension (patient en couché ventrale) entre 40°-45° (fig. 11).

L’étirement fonctionnel de la chaîne horizontale à la marche inclut une composante articulaire prédominante car la biomécanique de la hanche l’impose notament en rotation interne. Il s’accompagnera donc d’une traction articulaire associée afin de limiter cet impact articulaire . Ce principe sera intégré à tout étirement fonctionnel faisant intervenir une barrière articulaire prédominante à la fin d’amplitude. Cet étirement sera décrit ultérieurement pour laisser place aujourd’hui à l’étirement primaire sagittal.

Les étirements fonctionnels en pratique du complexe primaire sagittal IJ/P

Ils se réalisent si possible en synergie. Plusieurs groupes musculaires seront étirés pendant l’exercice, dans l’objectif de faciliter une fonction. Dans le cas de l’étirement fonctionnel de la chaîne en question, agoniste et antagonistes controlatéraux seront étirés simultanément.  

L’étirement fonctionnel de la chaîne permet donc d’étirer plusieurs groupes musculaires simultanément et dans ce cas le psoas et les ischio-jambiers contro-latéraux.

Le bassin est ainsi stabilisé par la tension réciproque du complexe, ce qui limite tous phénomènes de compensation pendant l’étirement. L’étirement fonctionnel d’une chaîne devra aussi par sa mise en place ciblée et, le cas échéant, le muscle le plus rétracté (voir spécifité chaîne fonctionnelle ) : Que voulez-vous dire par là J’EXPLIQUE PLUS TARD QUE DE LA POSITION D’ETIREMENT ON PEUT CIBLER D AVANTAGE LUN OU L ? AUTRE MUSCLE EN CREANT DES VARIANTES : TRONC A ANTERIORISER OU POSTERIOSISER ;;;;).

 

ETIREMENT FONCTIONNEL DE LA CHAINE PRIMAIRE SAGITTALE
ETIREMENT FONCTIONNEL DE LA CHAINE PRIMAIRE SAGITTALE

Exemple pratique d’étirement fonctionnel

Étirement fonctionnel du complexe IJ/P AU CABINET

Cet étirement sera particuliérement adapté chez ce footballeur de haut niveau (photo ci-dessous) qui a une rétraction équilibrée du complexe ischio-jambiers psoas. Il est demandé au sportif d’augmenter progressivement l’amplitude de sa fente afin d’arriver dans la position d’étirement qu’il maintiendra 20à 30 secondes.
L’étirement se réalisera avec un support permettant le glissement (patins ou en chaussettes) et un support pour le patient (des chaises) afin de pouvoir appliquer une mise en tension progressive et contrôlée.

Exemple pratique et spécificité de l’étirement fonctionnel au cabinet

Il est nécessaire dans certains cas de moduler l’étirement fonctionnel. En effet, une rétractation plus importante d’un sous-complexe (ischios ou psoas) par rapport à l’autre induira la mise en place d’un étirement fonctionnel spécifique.

 

Etirement fonctionnel préférentiel du complexe IJ/P
Etirement fonctionnel préférentiel du complexe IJ/P

Cas de l’étirement fonctionnel du complexe IJ/P pour une rétraction prédominante des ischio-jambiers

La fig. 16-17 mettra en pratique l’étirement fonctionnel sagittale à la marche adapté spécifiquement pour, dans ce cas précis, une rétraction prédominante des ischio-jambiers de notre patiente.L’élévation du membre inférieur gauchesur la table permettra un étirement séléctif des ischio-jambiers  dans   cette chaine.

Cette position permet  de cibler le muscle rétracté et de profiter de l’état de tension du muscle agoniste afin d’optimiser la force d’étirement sur le muscle concerné (les IJ, dans ce cas).

Un support permettant le glissement sera positionné sous la jambe du patient puis il sera demandé au patient d’augmenter progressivement l’amplitude de la fente pour atteindre la position d’étirement.

 

Cas de l’étirement fonctionnel du complexe IJ/P pour une rétraction prédominante du Psoas

Dans l’objectif de l’ étirement fonctionnel IJ/P  spécifique au psoas, un support  sera placé sous le membre inférieur postérieur du patient  (se réferent à la photo°) afin d’augemnter la force d’étirement sur le psoas.  .

N’oublions pas (cf. la première partie de cet article, dans le Ka n°1551 p. 25 à 28) que la rétraction nécessite une mise en tension particuliérement inconfortable pour le patient.

 

L’étirement fonctionnel optimisé par le Quadrischio et sa sangle adaptative

Le Quadrischio est un outil thérapeutique de choix pour étirer le complexe IJ/P (fig. 12-13).

Il favorise sensiblement une mise en tension progressive et sécurisée grâce à :

-ses 2 manettes permettant un étirement graduel

-l’assise qui sécurise l’étirement

-l’ensemble qui permet de garder une rectitude lombaire physiologique

 

Il optimise donc l’étirement réciproque des muscles du complexe IJ/Psoas

La spécificité de l’étirement (rétraction préférentielle Psoas ou Ischio-jambiers) peut être aussi réalisée en effectuant une flexiondu tronsc pour les ischios-jambier ou un extension du tronc pour le psoas.

Un outil de choix

 

Étirement fonctionnel et limitation du phénomène de compensation

Contrairement à un étirement classique analytique, l’étirement fonctionnel ne laissera pas la place aux compensations, comme dans le cas d’un étirement analytique des ischio-jambiers qui, de façon très fréquente, entraîne une délordose excessive du rachis lombaire (fig. 14). Dans le cas d’étirement bilatéral des ischio-jambiers (se pencher pour atteindre ses pieds), est-il bon de se demander si les forces compensatrices ne réalisent pas une prédominance de l'étirement du rachis lombaire en flexion sur l’étirement voulu des ischio-jambiers ?

 

Limites de l’étirement analytique dans le cas de la rétraction d’un sous-complexe

L’illustration de C. Geoffrey  (fig. 15 : étirement des ischio-jambiers en associant une antéversion et une lordose lombaire active) est plus que judicieuse et très pertinente sur le plan biomécanique. L’antéversion du bassin associée à  la lordose lombaire par contraction  des spinaux  va permettre un étirement analytique des ischio-jambiers sans faire intervenir une compensation par flexion lombaire.

Cependant, dans le cas de muscles rétractés, l’objectif principal est avant tout la récupération de la longueur musculaire. Comme son nom l’indique, la rétraction entraîne une raideur importante, qui nécessitera une force d’étirement plus prononcée. Tout kinésitherapeute a pu observer la force nécessaire pour traiter certains patients ayant une rétraction des ischio-jambiers.

Donc on peut douter fortement de la capacité des extenseurs rachidiens à lutter contre l’action rétrovertrice entraînée par une mise en tension de la masse rétractée des ischio-jambiers. La position fonctionnelle permettra cela.

 

Conclusion

Les étirements de la chaîne fonctionnelle à la marche ont plusieurs intérêts :

- Ils sont spécifiques à une fonction (permet une longueur de pas harmonieuse).

- Ils ont pour intérêt de diminuer les phénomènes de compensation fonctionnels engendrés par une rétraction musculaire.

- Leur mise en pratique entraîne une tension réciproque qui limite toutes attitudes compensatrices ou vicieuses pendant l’étirement.

- Sa spécificité permet de cibler le muscle rétracté et de profiter de l’état de tension du muscle antagoniste afin d’optimiser la force d’étirement sur le muscle agoniste concerné.

 

François Nicolle

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